5 colonnes à la une – 5 octobre 1962

Aucun écrit ne peut être meilleur que le récit de l’intéressé lui-même. C’est pourquoi, bien que le copier/coller représente pour moi, en règle générale, une solution de facilité que je n’aime pas, j’ai fait le choix de reproduire sous ces images deux extraits des propos d’Enrico Macias lui-même, tirés de son livre « Non je n’ai pas oublié » paru aux éditions Laffont en 1982 et co-écrit avec Jacques Demarny.

Dans cet ouvrage, il relate notamment les circonstances dans lesquelles il a été contacté par Igor Barrère :

« Mercredi 26 septembre 1962, le tout jeune Enrico Macias finit un contrat de quelques jours au « Pigalle » à Vichy.
Le lendemain matin, quelqu’un le demande au téléphone.

«  – Allô !….. C’est Enrico Macias. Qui me demande ?

A l’autre bout du fil, une voix grave me répondit :

  • Ici Igor Barrère, vous êtes bien monsieur Macias ?
  • Oui pourquoi ?
  • Voilà … nous devons, pour « cinq colonnes à la une », tourner une séquence sur le problème des rapatriés. On nous a dit, chez Pathé-Marconi, que vous étiez pied-noir, et que vous aviez une chanson sur ce thème. Nous aimerions vous filmer au cours de ce reportage ; reste pour nous à savoir où et quand nous pouvons nous rencontrer.
  • Si c’est une blague, vous perdez votre temps !

Igor Barrère me téléphonant à dix heures du matin à Vichy ! C’était un peu gros non ? Encore un coup stupide d’un prétendu manager.

  • C’est sérieux, reprit la voix, je vous assure que ce n’est pas une farce.

Incroyable mais vrai ! …. Je m’excusai de ma réponse, enchainant rapidement :

  • Ce n’est pas de chance, j’ai terminé mon contrat hier soir.
  • Vous ne pouvez pas demander au patron de nous autoriser à vous filmer dans sa salle ? Pour bien faire, il faudrait que nous tournions dans les jours qui viennent. Samedi par exemple !

Mes pensées s’entortillaient dans ma tête en feu. M. Lovéra accepterait sans doute, mais nous n’étions que jeudi … J’en étais là de mes cogitations, quand brusquement je me rappelai que je devais faire un gala pour les rapatriés, le samedi suivant, au palais de la Mutualité. J’en informai mon illustre correspondant.
– C’est parfait, me dit-il, c’est encore plus facile pour nous. C’est entendu, à samedi. »

………………………………

L’équipe de « 5 colonnes à la une » s’est bien présentée le jour dit pour l’enregistrement des images mais, comme toute émission d’actualité, sa programmation est sujette aux aléas des évènements. Les images étaient dans la boite mais il n’y avait aucune garantie que la séquence passe effectivement lors de l’émission du 5 octobre 1962 si d’autres priorités survenaient entre temps.

Voici ce qu’Enrico Macias, ou plutôt Gaston Ghrenassia nous relate de ce qu’il a vécu et ressenti le soir de l’émission.

« Le 5 octobre 1962, en fin d’après-midi, nous étions tous réunis chez mon oncle Gilbert et ma tante Suzanne. Outre nos hôtes, il y avait là mes grands-parents, mes parents, mon frère et Suzy. J’étais anxieux à l’idée qu’une actualité de dernière minute puisse ruiner mes espérances. Malgré tout, je faisais semblant de n’accorder à ce reportage qu’une importance relative. Le poste était éteint, mon oncle n’était pas revenu de son salon de coiffure ; l’heure approchait, mais je restais imperturbable.

Quand tout le monde fut présent, on alluma l’appareil. La première image qui apparut alors fut la mienne. Le silence tomba subitement, oppressant, angoissant. Le regard fixé sur le petit écran, chacun s’isola dans sa contemplation. Nous respirions à peine, nous étions spectateurs.

Une curieuse sensation m’envahit tout à coup. Je me voyais, je m’entendais, mais ce n’était pas moi ! =… Gaston Ghrenassia ne s’identifiait plus à Enrico Macias. Le drame que l’image racontait au monde était si percutant, si poignant, si vrai que sur l’instant j’égarai mon « ego ». Comme tous mes compatriotes regardant l’émission ce jour-là, je n’étais qu’un rapatrié revivant l’affreuse guerre, l’horrible exode, retournant dans le passé au travers de cette lucarne à remonter dans le temps.
Dans un éclair de lucidité, je réalisai le phénomène qui se produisait, mais happé à nouveau par l’extraordinaire vérité du document, je me regardai chanter comme s’il s’était agi d’un étranger, découvrant cette chanson que je savais par cœur.
A la fin de la séquence, je pleurais à chaudes larmes, aussi sincèrement que ceux qui m’entouraient. Eux non plus n’étaient pas rue Picpus mais rue Biskara, à Jemmapes ou ailleurs, sanglotant sans honte et sans pudeur sur tous ces souvenirs si bien ressuscités. »

60 années se sont écoulées depuis cette soirée qui a représenté un tournant décisif dans la carrière d’Enrico et l’a, en quelques minutes propulsé vers la notoriété.

60 ans de carrière, ce n’est pas dû à tout le monde et rares sont ceux qui les atteignent. Artiste de renommée internationale, durant ces soixante années, malgré ses nombreux succès, Enrico a gardé son identité, son naturel, et surtout l’amour de la musique et de son public avec qui il veut partager les plus beaux moments de fête.
Et les liens qu’il a su tisser avec lui sont uniques et indéfectibles. Preuve en a été donnée lors de son dernier Olympia en avril 2022.

Aujourd’hui, nous sommes heureux de souhaiter un très joyeux anniversaire à notre artiste préféré  et de lui souhaiter encore une très longue vie faite de bonheur, d’amour et de succès.

Merci Enrico et bravo !

Nous vous avons déjà dit combien Enrico Macias était célèbre en Turquie et qu’environ 80 de ses titres avaient été repris par des artistes turcs
Voici une belle reprise de « S’il fallait tout donner » par Kamuran Akkor (1968)
Sanatçı : Kamuran Akkor Söz :
Sezen Cumhur Önal
Müzik: Enrico Macias
Aranje : Turgut Dalar
Orkestra : Vasfi Uçaroğlu
Kayıt : 45 lik Plak ( Sahibinin Sesi Plakçılık)
A1 : Aşk Eski Bir Yalan
B1 : Kokladığım İlk Ve Son Çiçeksin Eserin
Orjinali : ENRİCO MACİAS..S’il Fallait Tout Donner